“J’ajoute que nombre de projets se sont construits naturellement au carrefour de plusieurs disciplines : je pense en particulier à un projet particulièrement innovant, et pour le moins inclassable, le projet NEW AGLAE, qui révolutionnera les techniques de préservation des œuvres d’art.”
V. Péceresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 20 janvier 2011

Fierté !

Les personnels du C2RMF ont obtenu une grande victoire. Dans le cadre des Investissements d’avenir, le projet NewAGLAE a été retenu au titre d’équipement d’excellence (EQUIPEX) pour un investissement de 1 450 000 €. Depuis février 2007 et l’annonce du projet de déménagement, les agents du C2RMF n’ont pas baissé les bras et sont restés motivés en s’appuyant sur la CGT-Culture, malgré des conditions de travail désagréables !

Parmi les 336 candidatures à l’appel à projet EQUIPEX, 52 ont été sélectionnés et le projet NewAGLAE présenté par le CNRS et le C2RMF s’est classé premier ex æquo avec 32 autres projets.

Ce projet permettra la rénovation et la mise à jour de l’accélérateur AGLAE mis en place en 1988 au Musée du Louvre pour l’analyse chimique non invasive (sans prélèvement) des œuvres d’art. Celui-ci pourra faire des images de la répartition des éléments atomiques à la surface d’une peinture.

Dans le même sens, la ville de Paris a accordé une subvention de 250 000 € hors taxe pour la même opération. Ces deux investissements auront lieu au Carrousel du Louvre. C’est énorme et il faut rester mobilisés et très vigilants. Chaque nuit a sa fin et le jour finit par se lever.

Tristesse !


Le projet initial était ThomX, plus connu sous le nom d’AGLAE2. Une bonne partie a été faite par notre collègue regretté Joseph SALOMON. Ce projet avait pour objectif la production d’une source compacte de rayons X, directionnelle, avec des performances élevées, à forte brillance, monochromatique et à énergie ajustable pour application dans le domaine des sciences médicales (imagerie et thérapie) et sociales (patrimoine artistique), de la technologie et de l’industrie. Un comité scientifique international avait été constitué dès 2007. Mais, au moment d’organiser son financement en juillet 2009, dans une réunion, un responsable de la MRT a annoncé unilatéralement, sans avoir consulté nos collègues du C2RMF porteurs du projet scientifique, que le C2RMF quitterait le palais du Louvre et donc qu’il était inutile d’investir sur place. Cette annonce brutale a totalement discrédité le MCC et fait perdre au C2RMF ce beau projet.
ThomX a été récupéré par le CNRS et un consortium de laboratoires publics et privés et sera implanté à Orsay et Grenoble. Ce projet fait lui aussi parti des premiers équipements labellisés EQUIPEX pour une dotation de 12 000 000 €.

De fait, le C2RMF est un des rares laboratoires, hors grands instituts, à être partie prenante dans deux EQUIPEX. On peut mettre cette réussite en parallèle avec l’échec d’un autre projet. Celui-ci nommé MoDeL devait réunir autour de l’université de Cergy-Pontoise un certain nombre de laboratoires de Cergy-Pontoise, ainsi que les trois laboratoires du MCC impliqués dans le projet CNCP : C2RMF, LRMH et CRCC. Il s’agissait pour les autorités de notre ministère de justifier l’implantation du CNCP et des trois laboratoires à Cergy-Pontoise, en donnant des gages politiques à l’agglomération et à l’université. Le rejet de ce projet montre bien combien il était artificiel.

Cet échec est celui d’un certain pilotage de la recherche au MCC où l’ex-MRT se contente de gérer les appels d’offre sans vision prospective et où le conseil ministériel de la recherche est au point mort depuis de longues années. Dans un bon esprit bureaucratique, on a vu s’enchaîner les rapports administratifs sur le déménagement du C2RMF, sans jamais que s’ouvre un vrai débat démocratique.

Les seuls colloques ouverts (3 juin 2008 au Louvre, SIMESITEM 26/01/2010) ont été consacrés à la construction du CNCP et non à la discussion d’un projet scientifique et culturel. Cette attitude est symptomatique de l’idée que le ministère a de la recherche, où le droit de participation (art. 9 Loi Le Pors) est refusé aux fonctionnaires.

On peut en avoir une image récente avec la maison de l’histoire de France, où là encore les rapports administratifs s’accumulent pour justifier le fait du Prince, et où le directeur de cabinet fustige les organisations syndicales : “l’Intersyndicale a sollicité […] l’autorisation d’utiliser les salons de l’hôtel de Soubise pour y tenir une « journée d’étude » le 4 décembre. Cette journée s’adressant à un large public et ne pouvant être considérée comme relevant du simple exercice du droit syndical, cette autorisation a été refusée […].” À croire que pour le ministère de la Culture, le travail de ses agents se limite à une simple exécution mécanique de tâches sans aucune réflexion, ce qui confine au mépris.
Il est temps de redéfinir les missions et le contour de la recherche au MCC. RGPP oblige !

Dans les pays où l’expérience a été faite, les laboratoires éloignés des musées travaillent uniquement sur échantillon, comme nous l’ont confirmé plusieurs collègues étrangers.

La proximité des réserves avec les laboratoires ne peut justifier en soi le déménagement du C2RMF :
Si comme le dit M. Barbaret, 90 % des œuvres sont dans des réserves, force est de constater que le personnel tant dans les laboratoires que dans les musées peine à s’occuper des 10% d’œuvres exposées. Et la RGPP n’arrange rien. Voilà la réalité quotidienne !

A l’étranger, chaque musée a son propre laboratoire et ces ateliers. La France a fait le choix d’un outil mutualisé depuis très longtemps, au service de l’ensemble des musées. Il s’est aussi développé des ateliers et laboratoires à l’échelle régionale. Force est de constater que ni les musées de France, ni les ateliers et laboratoires territoriaux n’ont été consultés dans le projet CNCP. Notons au passage que si le MCC a poussé au montage de projets autours de Cergy (équipements d’excellence ou laboratoire d’excellence), il n’a pas cherché à fédérer les laboratoires et ateliers travaillant dans le patrimoine à l’échelle nationale.

De fait, le CNCP est le seul affichage politique du MCC concernant la recherche dans le domaine du patrimoine, comme le montre le communiqué de presse du ministre sur NewAGLAE (26 janvier 2011). Or celui-ci a bien plus à voir avec la relance du BTP, qu’avec un quelconque intérêt scientifique ou culturel. Il est d’ailleurs symptomatique qu’on nous vante la synergie avec les laboratoires et les musées à travers le CNCP, dans le même temps qu’on nous refuse l’accès à la cantine du Louvre ; ou qu’on prône le rapprochement avec la formation alors que le déménagement à Cergy nous mettrait à 30 km de la formation des conservateurs, de l’INHA ou de l’école du Louvre. Faire et défaire, c’est toujours travailler ! De nouveau un parallèle s’impose avec la maison de l’histoire de France censée fédérer les musées nationaux, alors même que le ministère n’a eu de cesse de casser le réseau muséal français, dont le C2RMF est un des piliers.

Les rapports entre les grands départements patrimoniaux et le C2RMF tant au niveau de la recherche que de la restauration ou de la conservation préventive sont variables et reflètent tant une histoire qu’une culture intellectuelle. Alors que le laboratoire a été fondé au sein du département des peintures dans les années 30, les liens se sont surtout construits avec les départements archéologiques sous la direction de M. Hours.

Il est clair qu’au sein du département des peintures du Louvre, une partie des responsables ne voient pas la nécessité de la recherche et du service rendu par le C2RMF, alors même qu’une grande collaboration existe, illustrée par l’organisation annuelle de colloques sur de grands maîtres.

Maintenant, il faut poursuivre le travail en impliquant les ateliers de restauration. La CGT-Culture demeurera mobilisée pour les ateliers de restauration du C2RMF.

On ne peut pas boucler ce document sans rien dire sur le dernier CHS du C2RMF. Il y a des problèmes habituels de climat dans les laboratoires et les ateliers de restauration Versailles et Paris, liés au vieillissement des machines, la nature des bâtiments… Nous avons aussi parlé de la sécurité des installations, des problèmes des armoires de rétention et l’activité des ACMO. Nous avons signalé à notre direction un malaise lié au sous-effectif du service d’accueil des petites écuries du Roy, sans oublier le stress lié à la mise en place de CHORUS. Nos collègues vivent un mépris de la part des autorités chargées de cet outil dans un calendrier de mise en place démentiel.

Nous sommes toujours en attente d’une réunion que la Direction du patrimoine a promis de tenir avec tous les acteurs du projet de Cergy sans oublier personne. Nous attirerons l’attention de la Direction générale du Patrimoine sur les toutes les questions liées au C2RMF.

LA LUTTE PAYE !

CGT-Culture, 2 février 2011

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