Un 18 trous pour les centrales - la CGT Culture

Un 18 trous pour les centrales

 ou le parcours des agents sur un terrain maudit où le « gazon a des trous mal placés voire surmontés de bosses… Ou carrément imprenables ». –

Un peu de golf pour les centrales ? Mais méfiez-vous de la canne : elle n’est pas toujours en sucre. Sur le gazon tendre du jardin d’Éden, la pomme est bien tombée. Les centrales l’ont mise dans un sac, emballant la connaissance comme on agite un grelot : sans projet, sans politique.
La Ministre nouvelle est arrivée : on attend les effluves. Mais, que va-t-elle bien encore pouvoir distiller, cette cinquième bonne dame de Valois pour mieux enivrer ses agents ?
Que reste-t-il de nos amours, ces anges de la culture ? Quelles transformations attendre, quelles lamentations entendre, quelles pénuries subir encore ?
Gens d’administrations centrales : on va se réorganiser. Il va y avoir des torts et des vertus. Mais, allons-y pour le catalogue redouté.

La politique sociale : nos « compétences », notre « dévouement envers la mission de ce ministère » ont été pour la Ministre précédente, « un motif quotidien d’admiration et de respect »… Et, elle a d’ailleurs « voulu placer les agents de ce ministère au cœur de son action, pour que les politiques de prestige ne soient plus oublieuses de la réalité sociale de ceux qui les portent ». Demandez, par exemple, aux agents de catégorie « C » ce qu’ils en pensent de l’admiration ministérielle.

La décentralisation arrive : rien n’est entériné, mais rien non plus n’est anticipé. Mais on va continuer à demander des directions régionales dans des régions fantômes. Les nouvelles organisations stratégiques à mettre en place : que nenni, on en arrive à croire que le secrétariat général n’est même plus « aux affaires » et que le pilote vole au louché.

La fin de gestion s’annonce comme très dure : et si on ne finit pas l’année, on pourra toujours rogner sur les dépassements colossaux de la Nouvelle Philharmonie. Vous voulez faire des économies ? Il nous reste toujours l’immobilier : Pyramides, Beaubourg, levez-vous et venez rejoindre un lieu commun… au cœur de Paris. Ce n’est malheureusement pas sur nos salaires qu’on pourra mégoter : nous sommes toujours le plus mal loti de tous les ministères. Depuis tant de ministres, n’en a-t-on jamais trouvé un, ou même un secrétaire général, dont c’est la fonction, qui voit dans sa politique des ressources humaines l’égalité salariale comme un des premiers moyens de dialogue social honnête ? Mais peut-être, notre ministère n’a-t-il plus aucun pouvoir interministériel tant qu’aucun président n’aura su comprendre le poids politique et stratégique de la culture pour parvenir à l’épanouissement social et humain. Dommage.

Si on n’autorise pas la Ministre et son secrétaire général à suffisamment hanter Bercy et revenir avec le magot : alors, qu’ils fassent grève, et nous saurons les soutenir. Il n’y a pas de culture sans argent et sans nous, peuple sacrifié à la démocratie culturelle.

La stratégie et la modernisation de l’État vont-ils encore sévir sans concertation ? Le secrétariat général pourra-t-il enfin disposer des moyens d’intelligence pour définir et mettre en action son rôle de transversalité, et accorder intelligemment ses violons avec les directions métiers ? Des pans de missions sont toujours en attente de clarification : l’international, la communication, la documentation, les ressources humaines, l’enseignement supérieur culture…. Madame la nouvelle Ministre, apprenez-nous à boire enfin la clarté d’organigrammes responsables, loin des saouleries, hésitations, atermoiements, langueurs, violences et mensonges auxquels nous avons été habitués.

On veut une politique ! Promenons-nous à la direction de la création. Un projet de service va être lancé, ni fait ni à faire : des pages de politiques composites, pleines des singularités de chacun des « délégués ». Pas un acte de courage culturel, mais un salmigondis d’initiatives locales où on voit disparaître peu à peu les « métiers ». Une espèce en voie de disparition aussi : allez voir à la direction du patrimoine comment les musées perdent leurs hommes. Et la création d’une sous-direction d’enseignement supérieur avant même la parution du rapport de l’IGAC sur ce sujet ! Mépris des gens, mépris même des inspections générales. On a failli rêver d’un projet de service exemplaire, bâti sur une forte pensée, anticipant les stratégies de décentralisation, et les mouvements transversaux. Mais non : on accouche d’un petit acte bavard où l’on met encore les organigrammes avant les projets et les personnels sous les couches du silence. Un peu de violences ne fait pas de mal.

On devait lisser la hiérarchie : on se retrouve avec plein de petits chefs aux pôles abscons démultipliant les donneurs d’ordre. Et pendant ce temps de crues des chefaillons, on supprimera sur 3 ans quelque 170 postes au MCC. On reproche autant de contractuels au ministère : 60 %, certes c’est trop. Mais saura-t-on un jour comprendre cette exception culturelle qui requiert aussi beaucoup d’initiatives, de diversités d’hommes et de femmes… Rien d’incompatible avec de la stabilité.

Et puis, on va nous cartographier pour mieux nous manger : la « cartographie des processus » est de retour à la DGPAT. Et qui ne rentrera pas dans les processus risque fort de se voir désencarter (et souvenez-vous des doublons…). Il faut d’ailleurs savoir qu’au ministère on n’aura bientôt plus besoin de cartes pour voyager : fini les déplacements. Les archéologues seront bientôt confinés à labourer exclusivement les jardins du Palais-Royal pour y trouver ces fonds qui manquent le plus. Beaucoup d’autres services, bien sûr, sont impactés par ces économies au moment stratégique de liens toujours plus solidaires à tisser avec les régions avant leur fermeture pour cause d’inventaire. Par contre, on assiste parfois à des arrivées incongrues, pour ainsi dire pas désirées. Ainsi, des financiers qu’on va égarer dans des services métiers. D’autres fuient, comme ces nombreux nouveaux énarques, affolés, qui ne voient plus en la culture qu’une belle dégringolade en ministère de gestion.

Le ministère va-t-il aussi continuer à nous vendre ces drôles d’objets non identifiés, mais assujettis à l’Éducation nationale comme l’Éducation artistique et culturelle ? Cette obstinée vocation d’éducation faussement populaire, jamais et à aucun moment véritable expression de démocratie culturelle émanant de notre ministère. Rendez à l’Éducation ce qui fait le cœur de son métier : la transmission des savoirs et l’apprentissage de l’histoire des arts.
Allez, si vous avez l’envie, créez votre direction de l’enseignement supérieur culture. Un beau prétexte pour protéger ce domaine d’une absorption attendue par l’Enseignement supérieur, mais peut-être le régal d’une livraison annoncée clés en main et délivrée de toutes ses compétences « métiers » à ce même ministère dans les jours qui suivent.

7 jours sur 7 les musées ouverts : il faudrait d’abord demander aux patrons de ces entreprises mercantiles de la culture de savoir répondre correctement aux besoins d’une ouverture 6/7 avant d’affoler les touristes par une offre tout terrain. Le respect des personnels, des publics, et de la vocation des œuvres : vous connaissez ?

Mais, si un désir vous prend d’une initiative politique forte de sens, recréez une délégation du développement culturel, cet outil utile qui permettrait de redonner toute son importance à une des priorités fondatrices du ministère : l’accès de tous les citoyens à la culture et la démocratie culturelle. Le bel ouvrage que ce serait là, échappant à un secrétariat général qui n’a jamais compris ce type d’enjeux et qui n’a su prouver que son incompétence dans ce domaine. Et sans doute n’était-ce pas vraiment son rôle. Une faute de distribution dans la foire à la RGPP. Laissons-lui les missions support : ce sont de bien beaux chats à fouetter, n’est-ce pas ? : nous, soldats de la liberté, redonnons au ministère un véritable outil lui permettant d’afficher son rôle en faveur de l’affranchissement de la création, de la diversité et du bonheur culturel.

Je crois que nous avons abordé… 18 problèmes de politique culturelle. 18 trous farcis de handicaps pour un parcours maudit dans lesquels nous ne devons pas tomber.

Merci, les centrales.
15.09.2014

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