Notre président n’a jamais fait mystère de son estime modérée pour les
fonctionnaires et le service public. G. Cogeval déclarait au quotidien ‘Le Monde’ le
26/12/2003 :
« Le directeur de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, un musée empêtré dans le
soviétisme, m’a dit un jour : “Ils font semblant de nous payer et, nous, on fait
semblant de travailler.” On peut appliquer cette formule aux musées français. ».
Il enfonce le clou au musée d’Orsay, face aux représentants du personnel :
« Le rôle du musée d’Orsay n’est pas de défendre la fonction publique, mais de
monter des expositions de qualité. La plupart des directeurs des grands musées ne
sont pas fonctionnaires. Ainsi, une récente réunion des 50 directeurs des plus
grands musées du monde ne comptait que 5 fonctionnaires. »
(G. Cogeval, procès verbal du CTP 30/10/2008, p. 14/15)
Il aurait pu ajouter qu’il compte justement parmi ces cinq serviteurs de l’Etat ; c’est
même l’une des raisons de son retour d’Amérique du nord en France : conserver son
statut de fonctionnaire :
« Il ne me restait qu’un an de disponibilité avant de devoir quitter définitivement le
service public. » (G. Cogeval in Le Journal des Arts n° 275 – 15/02/2008 –
http://www.artclair.com/jda/archives/docs_article/49134/guy-cogeval-nommepresident-
du-musee-d-orsay.php)
Cruelle épreuve que d’abandonner la liberté offerte – apparemment – par les musées
privés nord-américains pour renouer en 2006 avec le carcan de l’administration
française. A l’époque, certains voyaient bien ce spécialiste du XIXe siècle concourir
pour le Musée d’Orsay :
« Ce n’est pas sur mes tablettes, répliqua-t-il agacé. J’aurais beaucoup de mal à me
réhabituer à un milieu hiérarchisé. À Montréal, j’ai mon autonomie. Est-ce que vous
me voyez faire le pied de grue à l’entrée d’une exposition pour attendre un
ministre ? »
(G. Cogeval in Le Journal des Arts – n° 243 – 22/09/2006 –
http://www.artclair.com/jda/archives/docs_article/01677/guy-cogeval.php )
« Guy Cogeval ne mâche pas ses mots contre l’inertie et la bureaucratie française.
Ayant adopté en 2005 la nationalité canadienne, il ne se résoudrait pas non plus à
diviser par quatre son salaire actuel ! »
M. Cogeval explique deux ans plus tard pourquoi il a changé d’avis :
« Je me suis rendu compte qu’un établissement public est plus souple que ce que je
l’imaginais. » [sic] (G. Cogeval in Le Journal des Arts – n° 275 – 15/02/2008 –
http://www.artclair.com/jda/archives/docs_article/49134/guy-cogeval-nomme-president-du-musee-d orsay.
php )
Un exemple de souplesse ? La mobilité des personnels, imposée :
une épée de Damoclès sur la tête des agents. …/…
Mobilité externe . Notre président l’a déclaré en CTP : « Les conservateurs
devraient être obligés de changer d’établissement tous les dix ou douze ans »
(G. Cogeval in compte rendu CTP 18/06/2009, p. 35)
Il veut en finir avec un supposé immobilisme, avec ce préjugé qu’un agent qui a
acquis de l’expérience et a trouvé un équilibre dans son poste ne peut être efficace,
malgré son dévouement.
En contradiction avec ce dogme à la mode, M. Cogeval a promu chef de service un
conservateur qui a fait toute sa carrière au musée d’Orsay, où il a été nommé à
l’époque de sa préfiguration, au début des années 1980. Un homme qui démontre
qu’une ancienneté de presque trente ans est le signe d’un grand attachement et d’un
fort investissement dans un établissement qu’il a contribué à façonner, à consolider
et à renouveler.
La mobilité pour la mobilité, érigée en principe systématique et imposée par la
hiérarchie, induit une non-reconnaissance du travail réel des personnels ; elle
contribue au climat interne dégradé. Elle peut faire des dégâts humains :
dépréciation de soi, sentiment d’échec et d’inutilité, frustration, ressentiment…
Bien qu’elles soient facilitées par la nouvelle loi dite « de mobilité », la RGPP, la
fusion des corps au niveau interministériel, seules une fermeture de site, ou une
forte réduction d’activité et de personnel peuvent conduire à des mobilités
forcées. Ce qui n’est pas le cas du musée d’Orsay.
Mobilité interne . Avec la crise sociale, M. Cogeval a récemment réorienté son
discours : il faut toujours que les agents bougent, mais à l’intérieur de
l’organigramme du musée. C’est une bonne chose de changer de casquette de
temps à autre, de ne pas rester toujours sur les mêmes fonctions : tel est son
leitmotiv.
La CGT approuve complètement ce point de vue, à condition que l’on parle bien
d’une mobilité souhaitée par les agents, d’un projet professionnel concerté avec le
DRH, tenant compte des compétences, bref : d’une évolution de carrière.
C’est sans nul doute l’idée du président qui cite en exemple un ex-chef de service
qui « méritait pleinement de devenir conservateur » et a donc bénéficié d’une
mobilité interne conforme à ses voeux les plus chers.
Un établissement public comme le musée d’Orsay est aujourd’hui représentatif de ce
management “moderne” brutal importé du secteur privé (et encouragé par des
consultants sous influence libérale anglo-saxonne), mélangé au principe administratif
d’obéissance auquel sont soumis les fonctionnaires, de non-contestation des dérives
de la hiérarchie sous couvert d’obligation de réserve.
C’est un management qui individualise et isole. L’évaluation des performances
chiffrées – dont dépend désormais la prime individuelle « au mérite » –, contribue à
mettre en compétition les personnels entre eux, défait les solidarités collectives,
détourne les objectifs du souci premier de l’intérêt général.
La CGT s’oppose fermement à toute mobilité contrainte, à toute
mobilité-punition, quand les évaluations et les états de service des
agents sont satisfaisants.
La CGT le redit inlassablement : NON au musée-entreprise !

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